Effondrement, le début de la fin

Article paru dans Libération le 7.11.18 – lire l’article sur le site de l’auteur –  Image issue de la série «Limbs» (2014) de Kyle Thompson, Etats-Unis. Photo Kyle Thompson. Agence VU

Pour les «collapsologues», la fin de notre civilisation thermo-industrielle est inéluctable. Pour s’y préparer, il est urgent de redéfinir notre rapport individuel et collectif au monde.

«Cette question-là est assez obsédante. […]. Comment fait-on pour éviter que notre société humaine n’arrive pas au point où elle serait condamnée à s’effondrer ?» se demandait le Premier ministre Edouard Philippe en juillet dans une vidéo Facebook, après avoir évoqué l’un de ses livres de chevet : Effondrement. Signé du géographe américain Jared Diamond, ce gros essai de 2006 paru en français chez Gallimard recherche les causes de la disparition de civilisations comme celle de l’île de Pâques, et s’interroge sur la probabilité que nous subissions le même sort, sous l’effet du changement climatique, de la croissance démographique et de la consommation accrue de ressources naturelles. Edouard Philippe dit surtout voir dans l’ouvrage la démonstration qu’«on peut s’en sortir». Cet optimisme fut celui de penseurs, comme Hans Jonas ou Jean-Pierre Dupuy, qui faisaient l’hypothèse de la catastrophe pour mieux l’empêcher. Mais pour ceux qui, historiens, philosophes ou essayistes, travaillent aujourd’hui la question, l’effondrement est désormais inéluctable. L’écologiste Yves Cochet le définit comme le «processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie) ne sont plus fournis à un coût raisonnable à une majorité de la population par des services encadrés par la loi». Bien qu’ils refusent souvent le terme, on les désigne sous le nom de «collapsologues» : les penseurs de l’effondrement.

Pour mesurer l’ampleur du risque, il faut inscrire notre crise écologique dans la longue histoire environnementale, comme le fait le journaliste et spécialiste d’histoire mondiale Laurent Testot dans son livre Cataclysmes. Une histoire environnementale de l’humanité (Payot, 2017). Des premiers bipèdes à l’Homo sapiens d’aujourd’hui, des cycles se sont succédé au cours desquels l’humanité a crû jusqu’à un maximum démographique qu’elle n’a pu dépasser qu’avec l’invention de nouvelles techniques, au prix d’une utilisation toujours plus importante des ressources de la Terre. Ainsi, le boom démographique du Néolithique, vers 6 500 av. J.-C., a été permis par l’invention de l’agriculture et de l’élevage, à force de défrichements et de sélection des espèces. Même chose au début du XXe siècle : alors que la population mondiale en forte croissance faisait craindre une crise démographique, la fertilisation chimique des sols a permis de nourrir plusieurs milliards d’individus au prix d’atteintes écologiques de plus en plus fortes. Mais aujourd’hui où trouver de nouvelles ressources ?

«Je suis sûr de son imminence»

Laurent Testot conclut : «Nous allons continuer à croître durant dix ou vingt ans, puis nous heurter à un seuil. Nous ressemblons à un fumeur d’opium qui se dit « une dernière pipe et j’arrête », mais qui sombre déjà.» Pénuries alimentaires, épidémies, défaillance des services publics, arrêt des réseaux d’eau, d’électricité, de transport, de communication… tous les pans de notre société pourraient se trouver affectés, de façon assez importante pour inverser considérablement la vapeur de la machine démographique. Et inutile de tenter d’infléchir cette trajectoire avec notre modèle socio-économique. Président de l’association Adrastia qui ambitionne de «préparer le déclin de la civilisation thermo-industrielle de façon honnête, responsable et digne», l’essayiste Vincent Mignerot explique les limites du système avec l’exemple de l’alimentation : «L’agro-industrie a permis de passer de 1 à 8 milliards d’humains en moins de deux siècles, avec des effets destructeurs sur l’environnement. Toute réforme agricole qui utiliserait moins d’intrants et d’énergie extérieure (engrais, pesticides, machines) pourrait engendrer une baisse du volume produit, qui deviendrait donc insuffisant.»

Reste une inconnue : quel délai nous sépare de cette crise systémique ? Alarmiste, Yves Cochet affirme : «Je suis sûr de son imminence.» Président de l’institut Momentum, qui travaille en ce moment à des scénarios d’adaptation de la région parisienne, il explique : «Il y a aujourd’hui 12 millions de Franciliens. En 2050, ils ne seront peut-être que 6 millions, dont 600 000 dans Paris.» D’après lui, l’effondrement pourrait avoir lieu dans les années 2020, puis laisser place à une dizaine d’années où les rescapés vivront sur les ruines de notre modèle actuel. Les bases d’une autre organisation pourraient être posées après 2050. Dans Le mal qui vient (Cerf, 2018), le philosophe Pierre-Henri Castel se garde de dater l’échéance, mais inscrit l’événement dans un horizon historique. Il explique à Libé :«Qu’est-ce qui se passe si entre moi et le dernier homme, il s’écoule moins de temps qu’entre Christophe Colomb et moi ?» L’hypothèse permet de supposer que les derniers humains pourront lire leur expérience à la lumière de nos décisions actuelles, et donc de nous placer collectivement face à nos responsabilités.

«futurs possibles»

L’effondrement de notre civilisation serait donc une certitude, et la disparition de l’humanité une hypothèse plausible. Mais comment anticiper une catastrophe dont on ignore tout ? «Il s’agit de limiter la casse, explique Yves Cochet.

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Un commentaire dans “Effondrement, le début de la fin

  1. Annie B

    EUH ……! Pas grand chose a ajouter …..je suis MAL,tu es MAL,il est MAL,nous sommes Mal ,vous êtes MAL, ils ont MAL!!!!

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